QU'EST-CE QUE L'ART DE LA CAPOEIRA ?

LA CAPOEIRA ANGOLA

Não me pegue... Não me agarre... Chega perto não...
(Ne me tiens pas... Ne m'attrappe pas... Ne t'approche pas...)

La Capoeira Angola est un art martial particulier, dans ce sens que l'aspect artistique, culturel a une importance égale à l'aspect martial. leur savoir faire a été importée par les esclaves d'origine africaine, plus précisément d'origine bantoue, au fil des siècles de leur présence au Brésil. Elle est donc enracinée la culture afro-brésilienne. Elle en porte en elle des caractères, au même titre, entre autres, que la Samba, le Candomblé (qui est originaire du golfe de Guinée).

L'esclavage fut aboli au Brésil en 1888. Dès lors, une partie des pratiquants de l'art des Capoeiras utilisèrent leurs techniques, coups de tête, balayages, maniements du couteau, à des fins criminelles (vols, assassinats commandités). Ceci eut pour conséquence la prohibition de l'art des Capoeiras. Une autre raison de la prohibition fut peut-être la volonté d'éliminer un aspect de la culture d'origine africaine au Brésil. La musique fut alors introduite dans la Capoeira, particulièrement le berimbau (arc musical à une corde, également d'origine africaine). Ainsi, à tout moment, un combat de Capoeira pouvait se transformer en une danse rythmée par les instruments, ce qui permettait d'échapper à la condamnation en cas de passage de la police.

L'évolution fut dans le sens d'une dissimulation de l'agressivité et de la dangerosité, tout en restant fidèle aux caractéristiques. L'aboutissement fut un combat déguisé en jeu où prédominent la dextérité et la ruse plutôt que la force brute. Un exemple de l'influence de l'histoire sur l'art des Capoeiras est que c'est un combat où l'on n'agrippe pas l'adversaire, afin de pouvoir instantanément transformer le combat en danse. Dans les années 1930, deux courants se sont distingués. Du fait de la levée de la prohibition de la Capoeira, celle-ci commença à être pratiquée dans des clubs sportifs, plutôt que dans la rue, les champs ou la forêt.

Là, certains pratiquants y ajoutèrent des coups provenant d'arts martiaux asiatiques. Ainsi naquit la Lutte Régionale de Bahia, état où elle fut développée par Mestre (Maître) Bimba, soutenu par le gouvernement. La dénaturation de l'art des Capoeiras ancienne fut si profonde que le nom même de Capoeira fut (temporairement) abandonné. Encore un indice de la volonté d'éliminer les traces de la culture d'origine africaine au Brésil ? Par opposition, des pratiquants attachés à la conservation de leur art traditionnel, emmenés par Mestre Pastinha, ont adjoint le suffixe Angola à Capoeira, pour en souligner l'origine culturelle africaine.

Mestre Pastinha, un grand représentant de cette culture, affronta beaucoup d'adversité, par exemple quand sa salle de cours fut réquisitionnée. De même, à son décès, l'on put lire dans les journaux que l'art des Capoeiras (Angola) mourut avec Pastinha, ce qui fut immédiatement contredit par ses élèves, qui furent nombreux. Parmi eux, Mestre João Grande, qui à son tour eut pour élève Mestre Moraes, qui fut le maître de Mestre Braga.

L'évolution de ces deux courants a conduit d'une part à la Capoeira Regional, largement connue aujourd'hui, caractérisée par de nombreuses acrobaties et des pratiquants impressionnants par leur masse musculaire, et d'autre part à la Capoeira Angola, plus traditionnelle et moins répandue, caractérisée plutôt par la ruse et la dextérité, et surtout, pas une gymnastique, mais une culture.